Incendie Lege - Andernos vu d'Arcachon 23 07 2026 23h
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Here is a fantastic text written right after the latest wildfires

if you wish to read it.

Voilà le texte brut qui a été diffusé sur Le Figaro et signé par tous ceux qui ont lutté contre le feu. Des chicanos de Lacanau à L’armée du Nord à l’entrée de la presqu’île .

Valérie Bonnet

« Écoutez-nous» : après les incendies en Gironde, le cri des habitants du pays 

Par Tribune collective

Publié le 31/07/2026 à 18h29

FIGAROVOX/TRIBUNE –

Après les incendies en Gironde, l’administration et les responsables politiques doivent enfin prendre en compte le diagnostic et l’expérience habitants et des acteurs de terrain pour gérer les forêts, estime le collectif Les enfants du pays, qui regroupe des résidents du Cap Ferret, de Lacanau et du Porge.

Nous sommes les enfants du pays. Écoutez-nous. Écoutez notre voix. Elle ne monte ni des palais, ni des ministères, ni des bureaux où l’on compile et accumule les études. Elle monte de la forêt, du sable, des marais, de l’océan, de cette terre qui nous a vus naître et que nous refusons de voir mourir.

Depuis des jours, nous avons regardé le feu courir comme un monstre incandescent dans les pins. Nous avons vu le ciel rougir, les cendres tomber comme une neige funèbre, les maisons se vider, les bêtes errer sans refuge, des centaines de milliers d’arbres calcinés. Mais au milieu de ces flammes et de cette fumée épaisse, nous avons vu une lueur d’espoir. Nous avons vu le peuple debout.

Car lorsque tout brûle, ce ne sont pas les décrets qui sauvent. Ce ne sont pas les circulaires et les règlements qui portent secours. Ce sont les femmes et les hommes du pays. D’abord les sapeurs-pompiers. À eux va notre admiration sans réserve. Ils combattent avec un courage qui force l’admiration, une discipline que rien ne trouble, une grandeur que rien ne récompense assez.

Mais ils n’étaient pas seuls. Autour d’eux s’est levée cette autre armée, silencieuse, en tee-shirts troués et jean noircis de fumée, une armée que l’on ne décore jamais et qui pourtant répond toujours présente. Les bénévoles, les entrepreneurs, les pêcheurs, les ostréiculteurs, les agriculteurs et les forestiers, les chasseurs…

Tous ceux qui connaissent chaque sentier, chaque pin, chaque fossé, chaque point d’eau. Ceux qui savent d’où vient le vent avant même qu’il ne souffle. Ceux qui connaissent la forêt comme on connaît le visage d’un père. Ceux qui savent improviser des citernes de manière ingénieuse et des lances à incendie. Tous ceux que l’on appelle ici les enfants du pays. Sans eux, le désastre aurait été beaucoup plus vaste.

À Lège-Cap-Ferret, des habitants ont ouvert deux pare-feux : l’un à Claouey, à l’entrée de la presqu’île ; l’autre plus au sud, vers le terrain de football du Cap-Ferret. Plus au nord, à Lacanau, ceux qui se sont surnommés les « Chicanos » ont chargé des citernes, des motopompes, des tuyaux sur leurs pick-up. Ils sont partis combattre le feu aux côtés des pompiers pour leur donner des bras supplémentaires.

Et pourtant, tandis que les flammes menaçaient, l’administration a parfois arrêté leur travail 

Ils ne défient pas l’autorité. Ils défendent leur terre. Ils savent qu’une minute gagnée peut sauver un village. Et pourtant, tandis que les flammes menaçaient, l’administration a parfois arrêté leur travail et leur a refusé les autorisations ! L’incendie, lui, ne demande aucune autorisation.

Au cœur du sinistre, on se permet encore de tuer l’action salvatrice. Dans les bureaux, on applique les règlements. Sur le terrain, on compte les dizaines de milliers d’hectares et les millions d’animaux transformés en charbon. Dans les commissions, on continue de rédiger des normes la nuque raide au-dessus du papier.

On croit parfois, dans les ministères et les instances, que l’on connaît mieux la forêt sur une carte que celui qui y a grandi. C’est une erreur. Une forêt ne se gouverne pas seulement avec des textes. Elle se comprend. Elle se vit. Elle se protège.

Après la terrible tragédie de 1949, où quatre-vingt-deux vies furent emportées par les flammes, nos anciens avaient compris. Ils avaient ouvert les pare-feux. Ils avaient tracé des milliers de kilomètres de pistes. Ils avaient installé des points d’eau jusque dans les lieux les plus reculés. Ils savaient qu’un pays prévoyant enterre moins de morts que des technocrates bavards. Que reste-t-il aujourd’hui de cette sagesse ? Des pare-feux rendus à la broussaille. Des équipements vieillis. Des casernes qui manquent d’hommes, de matériel, parfois même de murs, comme au Cap-Ferret où les pompiers sont installés dans des bâtiments modulaires provisoires.

Et pendant que les moyens leur sont refusés, les interdictions se multiplient. Pour des raisons de basse politique, on interdit les pare-feux ou les débroussaillages, lorsque le geste est utile, lorsque la nature l’autorise encore. Puis vient l’été. Et vient le feu. Alors il est trop tard. Cruelle ironie : l’incendie est parti d’un chantier de débroussaillage exécuté pour le compte d’Enedis sur la commune de Saumos, alors même que l’alerte rouge était déclenchée.

Ainsi ceux qui édictent les lois au nom de notre sécurité sont les incendiaires. Chaque femme et chaque homme au sein de l’administration s’en rend compte. Quelque chose ne va pas. Mais, pendant que certains discutent encore de procédures, pendant que d’autres pérorent devant les caméras, le peuple s’est levé. Car la solidarité répond à un instinct et non pas à un slogan.

Nous ne réclamons aucun privilège. Nous ne demandons aucun passe-droit. Nous demandons seulement à l’État et aux collectivités de regarder enfin ceux qui vivent ici non comme des choses à administrer, mais comme des citoyens actifs. Nous demandons que la connaissance du terrain cesse d’être suspecte et redevienne une loi.

Nous demandons que ceux qui décident de l’avenir de la forêt écoutent enfin ceux qui y marchent depuis leur enfance. Les incendies reviendront. Le climat les rendra plus nombreux. Aucun décret ne commandera au vent. Aucune circulaire n’arrêtera les flammes. Mais il demeure des forces que rien ne remplace. L’expérience. Le bon sens. La mémoire des anciens. L’amour d’une terre. Le courage.

Voilà ce qui sauvera encore nos villages et notre forêt. Nous sommes les enfants du pays. Écoutez-nous. Écoutez-nous avant que le ciel ne rougisse de nouveau. Écoutez-nous avant que les pins ne deviennent des torches. Écoutez-nous avant que le silence des cendres ne remplace le chant de la forêt.

« Collectif, les enfants du pays

Benevoles, entrepreneurs, forestiers , agriculteurs, ostréiculteurs, sylviculteurs, chasseurs … et tous ceux qui vivent sur la presqu’île … »

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